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mercredi 14 mai 2014, par emmanuel.kormann

( Le 11 juillet ) - Chien est acheté au Conservatoire Européen des Dindons et Autres Gallinacées (CEDAG) chez Marc Suderet, fils d’éleveur de faisans, où il vit avec une centaine de congénères : dindons rustiques et de collection. Il a un an.
( Le 11 juillet ) - Chien arrive à Copeaux Cabana.
( Le 12 juillet ) - Il suit les poules dans la foret. Il glougloute au sifflement et aux notes aigues, au bout de quelques réponses, il se lasse. Ses changements de couleurs sont identifiés.
( Le 13 juillet ) - Va un peu plus loin que les poules dans la forêt.
( Le 14 juillet ) - Se fait la malle dans la forêt.
( Le 15 juillet ) - Est épié, encerclé, rabattu puis attrapé au filet dans la forêt.
( Le 15 juillet ) - Vit en enclot, y développe un tic d’aller-retour face au grillage.
( Le 7 août ) - Chien fait son premier voyage en voiture vers la Bretagne. Est placé dans un petit enclot mais en sort l’après midi sous surveillance. Il couine et répond aux couinements humains, le couinement de l’avion dans le ciel est identifié.
( Le 8 août ) - Voit sa première vitre, l’attaque puis stagne devant. Éternue et tremble un peu, va chez un vétérinaire qui est drôlement content de voir autre chose qu’un chaton et nous explique que Chien voit les humains, contrairement à d’autres dindons qui les assimilent au décor vivant. Pèse 7,5 kgs.
( Le 10 août ) - A plus de curiosité pour entrer dans la maison que pour s’échapper vers le jardin des voisins et la rue.
( Le 13 août ) - Chien fait son deuxième voyage en voiture et s’arrête en Limousin, il dort sous une maison. Passe du temps devant les vitres qu’il croise.
( Le 16 août ) - Est placé dans un poulailler en Périgord au milieu de jeunes poules achetées la veille et d’un festival d’humains d’été.
( Le 18 août ) - Est placé dans un autre poulailler du Périgord, il fait son premier voyage sur les genoux en voiture.
( Le 21 août ) - Retourne à Copeaux Cabana, dans son enclot, retrouve son tic d’aller-retour devant la grille. Reste quelques jours seul à Copeaux Cabana avec une montagne de grains dans son enclot, les poules passent le voir de plus en plus souvent. La poule noire reste dormir avec lui. La poule noire se met à faire des œufs de plus en plus gros.
( Le 31 août ) - Remonte vers le Poitou, passe une nuit près d’un lac, dans une fête champêtre, il dort entre deux haies, et est terrorisé par le niveau sonore.
( Le 1er septembre ) - Découvre la Normandie, dort perché pour la première fois.
( Le 6 septembre) - Dort dans un appartement, dans son carton de voiture à Abbeville.
( Le 7 septembre) - Arrive à Herzeele, près de Dunkerque, et dort dans un immense poulailler pas encore habité, tout clôturé, éloigné de la basse cour, il se remplume en trois jours à cause de la chute de température, est craintif et peu expressif.
( Le 9 septembre) - Est placé dans la basse-cour, découvre les chèvres et les oies et les coqs. La basse cour le regardent avec méfiance.
( Le 11 septembre) - Est manifestement dominé par la basse cour, il laisse manger les vieilles poules et les petits poulets avant lui. Il comprend l’espace approprié par la basse cour et ne fout pas le camp malgré le paysage de champs complètement ouvert.
( Le 19 septembre) - Semble épanouit mais ne glougloute pas. Il s’habitue à être nourri sur une voiture télécommandée.
( Le 21 septembre) - Chien glougloute en écoutant une video youtube de dindons qui glougloutent.
( Le 22 septembre) - Répond de temps en temps à l’imitation des glouglous de Manue qui imite très bien les oiseaux en général.
( Le 8 octobre) - Part à Bruxelles et passe une nuit dans un couloir d’appartement parce qu’une humaine n’a pas du tout envie de voir un dindon sur la terrasse.
( Le 9 octobre) - Chien est placé dans un jardin d’Ixelles avec deux moutons, deux poules et n’est pas spécialement impressionné par les moutons qui sont pourtant les animaux les plus grand qu’il ait rencontré (les chèvres d’Herzeele étaient naines).
( Le 14 octobre) - Traverse le Luxembourg et est accueilli à Mulhouse, dans une grande basse-cour de ferme avec une meute d’oies, accueil distant mais non agressif.
( Le 17 octobre) - Arrive tard à Dijon et dort une nuit dans un hangar.
( Le 18 octobre) - Fait sa première excursion en zone pavillonnaire guidé par les bras, Chien arrive dans un petit poulailler ou les poules sont un peu effrayées en le voyant.
( Le 19 octobre) - Arrive en Auvergne, il passe une première nuit dans une grange, une deuxième sur son plus haut perchoir connu (environ 2,60m), il prend la tangente au matin, est retrouvé à l’ouïe 4 champs plus loin. Esquisse une parade devant la curiosité d’un chien puis devant une humaine qui reproduit le mouvement d’un chien puis plus rien malgré les efforts de l’humaine pour mimer le chien.
( Le 22 octobre) - Est présenté à un fauconnier à la Volerie du forez. On apprend qu’il reconnait son prénom, qu’il ne faut pas le prendre pour un humain sinon ça va le rendre fou et qu’il remarque très vite si nous avons des comportement humains inhabituels. On survole les lois du renforcement positif qui régissent le monde.
( Le 22 octobre) - Croise son premier autre dindon depuis sa sortie du C.E.D.A.G. il esquisse une parade et répond très vite aux attaques de l’autre, on les sépare, il se retrouve à dormir seul dans un donjon du moyen âge.
( Le 23 octobre) - Passe deux jours à Lyon dans un grand jardin clôt où il dort perché sur la voiture du voisin.
( Le 25 octobre) - Découvre le jardin de la Cabucelle, le chien de la maison et le chien du voisin. Il dort sur le perron, face à la place.
( Le 26 octobre) - Chien se fait caillasser par les gamins du quartier le soir. Chien répond aux chiens du voisins, au gars sur la place, aux chiens du quartiers, aux cris des enfants et aux voitures qui klaxonnent. Réclame de l’eau en donnant des coups de becs sur une bouteille plastique.
( Le 4 novembre) - Part pour Barcelone où il passe sa première nuit sur un balcon, sa deuxième sur le toit terrasse d’une friche industrielle
( Le 6 novembre) - Trouve son poulailler d’accueil avec quatre ou cinq poules espagnoles et passe ses premières journées à l’intérieur d’un bâtiment. Il commence à comprendre le "non" et a une notion de plus en plus nette du territoire autorisé et du territoire interdit. Accepte de manger de plus en plus loin dans le carton. Voyage en voiture sans caisse dans le coffre ou sur les genoux. Il n’intègre pas la possibilité de se percher sur un objet pour avoir accès à de la nourriture. Deux tentatives d’hypnose que nous comprenons vite fumeuses.
( Le 8 novembre) - Fait sa première parade, en lui retransmettant ses propres couinements, il devient de plus en plus vifs, son pédoncule se détend complètement et glougloute furax en triplant de volume.
( Le 12 novembre) - Défèque pour la première et seule fois sur un humain qui passait en dessous de lui.
( Le 14 novembre) - Fait sa première apparition publique à la Mobba de Badalona, devant cinq invités, est plutôt conciliant au début puis quitte la salle, la diffusion d’enregistrement ne le fait plus parader, il fout le camp, se coince un truc dans le bec c’est brouillon et ça fait animal maltraité.
( Le 2 décembre) - Exprime beaucoup d’intérêt pour l’humain après 15 jours d’absence. Cherche le contact âme sans nourriture apparente.
( Le 10 décembre) - Quitte l’Espagne. Dort dans la voiture perché sur l’appui tête arrière. Grimpe dans la voiture seul quand on y place sa gamelle.
( Le 11 décembre) - Est confié au poulailler de la gare franche, les familiers du lieu racontent que Chien s’est bien imposé dans le poulailler et mangeait avant les autres à l’heure de la distribution de grain. Il n’a pas l’air ravi de rentrer à la Cabucelle.
( Le 24 décembre) - Retrouve la Cabucelle, le chien de la maison, le chien du voisin, les cris des enfants, les gars de la place et sa place sur le perron.
( Le 27 décembre) - Chien vient picorer sur le corps. Peut même marcher sur le corps allongé.
( Le 29 décembre) - Chien nous fait comprendre le temps dindon, au cours de phase mimétiques, il saisit et adresse un objet avec son bec. Son attention arrive à être un peu maintenue lorsque l’humain ajuste son rythme sur le sien.
( Le 9 janvier) - Part pour Die, il dort sur la rembarre d’un camion-scène puis dans la salle à cause du froid et de l’hiver 83 où Yves cueillait les poulets morts suite aux vagues de froid dans élevage intensif.
( Le 10 janvier) - Monte pour la première fois sur l’épaule.
( Le 14 janvier) - Reste une dizaine de minutes sur l’épaule, est manifestement rassuré par l’écoute de berceuses, refuse de monter sur le fantôme, ou sur l’épaule nue, a besoin d’un blouson.
( Le 18 janvier) - Fait une sortie sur le marché de Die, refuse de monter sur l’épaule malgré les berceuses, est paniqué traversant les étales, esquisses des début de parade en croisant des chiens.
( Le 23 janvier) - Chien est présenté à sa boite de spectacle et n’accepte pas du tout de rentrer dedans.
( Le 27 janvier) - Rentre à la Cabucelle et passe quelques jours à vivre quotidiennement la situation prévue pour un numéro de cabaret.
( Le 31 janvier) - Dort dans la voiture à Toulon, dans sa boite de spectacle.
( Le 1er février) - Chien est paniqué au milieu des chapiteaux de la Seyne sur mer et décide de ne pas sortir de sa boite de spectacle quand c’est à son tour, il dort sur le perron du bungalow et se fait une excursion sous les pins au matin.
( Le 2 février) - Rentre à la Cabucelle où il est un peu blâmé de sa médiocre prestation.
( Le 5 février) - Fait sa troisième parade au matin, comme ça, sans miroir ni bruit de dindons.
( Le 8 février) - Part pour Paris, se perche maintenant sur les caisses d’objets sur les sièges arrière, il en a marre d’être balloté dans le coffre et se fait des petits sauts dans la voiture. Il dort une nuit au taillis vert où des voisins au matin le capturent en pensant qu’il s’est échappé d’une ferme
( Le 9 février) - Arrive à Paris, découvre l’espace périphérique terrorisé par le périph en haut, la quatre voie à gauche, le train en face, et le tramway à droite.
( Le 10 février) - Découvre la salle de travail et se met a parader toute la journée. Refuse de monter et rester sur l’épaule, est très agité par le bruit dehors, ne se calme que dedans, reste des heures devant son miroir, fait la sélection musicale, ne supporte plus du tout Animals de Pink Floyd. Assimile l’espace autorisé dans l’espace périphérique.
( Le 14 février) - A découvert les vitres et l’apparente tranquillité de la Halle au cuir, va se balader tous les matins et est ramené par la sécurité, dort sur la caravane et doit être surveillé des 8h30.
( Le 15 février) - Commence à manger dans les poches d’un gilet d’assaut, parade tous les matins en musique et en face de mouvement de transe-parade humain.
( Le 20 février) - Première parade après 18h.
( Le 1er mars) - Mange dans les poches d’ un autre tee-shirt que le gilet d’assaut.
( Le 4 mars) - Admet du public a sa parade (après 18h ), mais ne vient pas manger dans le tee-shirt, suspect.
( Le 5 mars) - Vient manger en hésitant dans le tee-shirt.
( Le 6 mars) - Vient manger très rapidement dans le tee-shirt, ne se laisse plus attraper par Louis.
( Le 9 mars) - Est placé dans un poulailler d’accueil à Mitry-Mory
( Le 10 mars) - Se bat avec le coq au matin et le fait saigner de la crête, est enfermé dans la caravane et part poser pour des photos en Normandie avec Epectase. Dort dans un box de cheval.
( Le 12 mars) - Revient à Mitry Mory et reste en dehors du poulailler, glougloute à chaque cocorico mais n’attaque pas, mange normalement.
( Le 14 mars) - Subit un accident de caravane dans le coffre de la voiture, ne parait pas choqué, mais a une fiente nocturne très liquide, dort dans le limousin.
( Le 15 mars) - Arrive à Copaux Cabana, est fatigué dans la voiture mais glougloute et se perche très haut pour dormir.
( Le 16 mars) - Est plus lent que d’habitude.
( Le 17 mars) - A du mal à tenir sur ses pattes, a le teint violacé clair. Reçoit une piqure d’antibiotique, un vermifuge et des vitamines cinq heures avant d’ingurgiter le flagyl pédiatrique qui aurait pu le sauver. Première nuit avec des humains au chaud. Pèse presque 10 kgs.
( Le 18 mars) - Meurt, est enterré dans les vignes sous un noyer à Copeaux Cabana.